La ville d’après – regard croisé en BD sur le futur urbain d’après COVID-19

Dans le cadre de 2020 – Année de la Bande dessinée, en France, la ville d’Angoulême lance un grand concours international de bande dessinée en association avec les Villes créative de l’UNESCO en littérature.  Membre du réseau depuis 2017, la Ville de Québec se joint à l’initiative en invitant les auteurs et autrices de bande dessinée du Québec à soumettre leurs candidatures. À gagner : une bourse de 2 000 $ et le plaisir de voir son œuvre présentée dans l’exposition qui résultera du concours. Un ou une des candidat(e)s retenus, provenant des différentes villes participantes, se verra également invité, en janvier 2021, au prochain Festival international de la bande dessinée d’Angoulême pour l’inauguration de l’exposition.

Avec comme thème «La ville d’après», et sous le parrainage de Dany Laferrière, ce concours est présenté en partenariat avec la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, l’Ecole urbaine de Lyon et, au Québec, avec Québec BD.

Contexte

La pandémie de COVID-19 éprouve durement l’ensemble de la communauté humaine sur tous les continents. À présent, il appartient à tous de réinventer notre futur, pour une humanité plus harmonieuse avec elle-même et avec notre planète.

Par son thème, ce concours souhaite stimuler toutes les utopies et faire appel à toutes les sensibilités et les cultures du monde pour faire surgir de nouveaux futurs pour les villes qui abritent aujourd’hui plus de 55 % de la population mondiale.

Objectif

Créer une œuvre originale d’une ou deux planches présentant la vision utopique de « la ville d’après », en ayant comme point d’ancrage la Ville de Québec. La « ville d’après » pourra être abordée par tous les angles : utopie ou dystopie, angle documentaire ou imaginaire, science-fiction, récit de l’intime ou humour – tout est ouvert. Le cadre lui-même est laissé à la libre appréciation des participant(e)s : grand paysage urbain ou intérieurs individuels, projets architecturaux ou aménagements paysagers – tout est possible.

Ce concours international permettra de valoriser la créativité en bande dessinée des différentes villes créatives, et partager une réflexion collective sur le devenir de nos villes au regard de l’expérience planétaire du COVID-19 et des nombreux questionnements soulevés par cette crise.

Modalités

Les artistes participant au concours devront produire une histoire complète, en une à deux planches, couleurs ou noir et blanc. En cas de dialogues ou de texte, une annexe avec la traduction du texte en langue anglaise devra être fournie par les artistes. Les dossiers de candidature, comprenant les coordonnées complètes du candidat, devront être acheminés par courriel au info@quebecbd.com, au plus tard le 11 septembre 2020, à 23h59

Une fois expédiées à Québec BD, les oeuvres proposées seront présentées devant un jury qui sélectionnera le ou la lauréat(e) du concours.

Sont éligibles les auteurs et autrices de 18 ans et plus, résidant dans la province du Québec, et ayant publié au minimum une œuvre, en autoédition (papier ou numérique) ou avec un éditeur professionnel.

Pour plus d’informations

En route vers le #12aout édition 2020, des idées à saveur BD pour lecteur ou lectrice en quête d’inspiration

Si je ne m’étais pas procuré de bande dessinée pendant la dernière année, quels albums est-ce que j’achèterais le 12 août prochain (ou avant, ou après – parce qu’après tout, toutes les dates sont bonnes pour acheter des BD d’ici)?

Question épineuse, il va sans dire. Si ce n’est parce qu’il s’est publié pas mal de bonnes bandes dessinées au Québec au fil des derniers mois.

Alors on se donne des critères…

Cinq choix tirés de bande dessinée que j’ai lues (alors, pas de La Bombe de Denis Rodier, Laurent-Frédéric Bollé et Alcante, par exemple – album qui m’a été chaleureusement par plein de monde, mais que je n’ai pas encore lu) (tiens, une idée d’achat pour moi!). Des albums issus d’auteurs ou autrices québécois (quoique j’aurais envie de vous recommander par la bande L’affaire des hommes disparus de Kris Bertin et Alexander Forbes, un album qui nous est arrivé de la Nouvelle-Écosse vers une traduction française aux Éditions Pow Pow – et qui est très bon). Et, dernier critère : des albums publiés entre août 2019 et août 2020.

Donc, qu’est-ce qu’on choisit?

(1) Jours d’attente, de Thomas Desaulniers-Brousseau et Simon Leclerc, pour ceux et celles qui ont envie d’une bande dessinée de genre réussie, aux riches dessins porteurs d’une forte ambiance, aux récit entre huis-clos intimiste et trame de fond fantastique.

(2) Zaroff, de François Miville-Deschênes et Sylvain Runberg, pour ceux et celles à la recherche d’une bande dessinée d’action d’exception, un récit rondement mené, rythmé, appuyé par des dessins magnifiques et détaillés.

(3) Le projet Shiatsung, de Brigitte Archambault, pour ceux et celles à la recherche d’un récit qui provoque, qui fait réagir, qui fait réfléchir, un récit d’anticipation qui extrapole un futur trouble où l’humain est isolé et élevé par l’écran.

(4) Rédemption, de Leif Tande, pour ceux et celles qui souhaitent attaquer une trilogie qui nous amène dans un récit entre western et mythe quasi-biblique, une relecture inspirée de mythes portés par l’Apocalypse de Saint-Jean et la Divine comédie de Dante, aux couleurs sombres et aux aplats saturées.

(5) Traverser l’autoroute, de Sophie Bienvenu et Julie Rocheleau, pour ceux et celles qui sont plutôt à la recherche d’un récit père-fils, d’une quête de soi et de l’autre, d’un moment à la fois anecdotique et transformateur, porté par des dialogues qui sonnent vrai et par les toujours superbes visuels de Rocheleau.

Et des mentions honorables, parce qu’il le faut bien!

Car si j’avais écrit cette liste à un autre moment, il y a assurément d’autres albums qui auraient pu se retrouver dans cette (brève) liste– que ce soit la réflexion profondément humaine sur la solitude et la reconstruction de soi que constitue Paul à la maison de Michel Rabagliati, le regard sur la relation père-famille et la transmission d’une passion du superbe Contacts de Mélanie Leclerc, le sympathique délire presque muet qu’est Le mouchequetaire d’Antonin Buisson, ou encore – côté jeunesse – le nouvel opus d’Aventurosaure, de Julien Paré-Sorel (tome 2 – L’héritage de Cory) ou le premier tome de la série Mort et déterré (Un cadavre en cavale) de Jocelyn Boisvert et Pascal Blanchet.

Voilà. Finalement, j’aurais dû dire « 10 titres »…

Bonne lecture!

«Sengo» de Sansuke Yamada, 14e Prix Asie de la Critique ACBD

L’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée (ACBD) décerne le Prix Asie de la Critique ACBD 2020 au manga Sengo de Sansuke Yamada publié aux éditions Casterman. Ce prix distingue une bande dessinée asiatique remarquable parue en français entre juillet 2019 et juin 2020.

Dans le Tokyo détruit de l’immédiat après-guerre, en 1945, Toku et Kodamatsu, deux soldats démobilisés, se retrouvent. Ils renouent avec une vie civile qui n’a, en fin de compte, de civile que le nom. C’est que le pays, vaincu, se découvre exsangue tandis que l’occupant américain s’impose partout. Mais cela n’empêche pas l’un, bon vivant, de jouir pleinement de ce qui s’offre encore à lui, et l’autre, désabusé, de tenter de redonner un sens à son existence. Ainsi, Sengo, au-delà de ces deux trajectoires individuelles, livre des tranches de vies brisées dont les acteurs essaient – et parviennent, souvent – tant bien que mal, à recoller les morceaux.

Sansuke Yamada réussit là un tour de force : d’un panorama de ruines il tire au fond l’essentiel, la dimension baroque. Personnages picaresques, tendre exhibition des imperfections, habile mélange du burlesque et du tragique ou surgissement soudain d’une violence toujours à l’arrière-plan d’une action en apparence légère et joviale : tout cela concourt à l’élaboration d’une fresque douce-amère d’une remarquable justesse, où le rire occupe toutefois toute sa place. Si la béance laissée par la guerre (et la défaite) hante littéralement chacun des personnages croisés, c’est bien du côté des (sur)vivants, et non des morts que se situe le point d’ancrage du récit. À l’école du désenchantement il s’agit de substituer le réapprentissage de l’engouement et cela passe par les combines montées, les cuites épongées ou encore les corps éprouvés.

L’édition de la série – finie au Japon en sept volumes – par Casterman offre en outre au lecteur une immersion idéale grâce à une traduction de grande qualité où le parler, haut en couleurs, des protagonistes anime constamment leurs aventures.

Les quatre autres titres en compétition pour le Prix Asie de la Critique ACBD 2020 étaient:

  • Blue Giant, de Shinichi Ishizuka (Glénat)
  • Mauvaise herbe, de Keigo Shinzo (Le Lézard noir)
  • Ma vie en prison, de Kim Hong-Mo (Kana)
  • La Vis, de Yoshiharu Tsuge (Cornélius)

L’ACBD tient à conseiller l’ensemble de ces cinq mangas qui témoignent de la qualité et de la diversité de la bande dessinée asiatique.