Le petit astronaute, Prix de la critique ACBD de la bande dessinée québécoise 2021

L’Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD) a le plaisir de décerner le Prix de la critique ACBD de la BD québécoise 2021 à l’albumLe petit astronaute, de Jean-Paul Eid, publié aux Éditions de la Pastèque. 

Le petit astronaute raconte le quotidien de Tom, un jeune garçon vivant avec une lourde paralysie cérébrale, l’empêchant de marcher et de parler. Narré par Juliette, sa sœur aîné, le récit nous entraîne autant dans les défis rencontrés que dans les joies ressenties au gré de la vie de famille.  

En s’inspirant de son vécu, Jean-Paul Eid livre avec Le petit astronaute une œuvre de fiction sincère, intime et d’une grande justesse, regard sur des bonheurs ordinaires vécus aux côtés d’un enfant extraordinaire. Véritable ode à la différence, l’œuvre reste toujours touchante, jamais larmoyante, et démontre de belle façon la grande maîtrise du médium de son auteur.  

Il s’agit d’un second Prix de la critique ACBD de la bande dessinée québécoise pour Jean-Paul Eid, déjà lauréat en 2016 pour La femme aux cartes postales, œuvre co-signée avec Claude Paiement.  

Le petit astronaute a été choisi par un vote des adhérents de l’ACBD (96 membres actifs) parmi l’ensemble des bandes dessinées réalisées par un auteur ou une autrice québécois.e et publiées entre le 1er juillet 2020 et le 30 juin 2021. Les trois autres ouvrages finalistes étaient Khîem, terres maternelles, de Yasmine et Djibril Phan Morissette (Glénat), Temps libres de Mélanie Leclerc (Mécanique générale) et Vous avez détruit la beauté du monde, de Christian Quesnel, Isabelle Perreault, André Cellard et Patrice Corriveau (Moelle graphik). 

À propos des prix de l’ACBD 

Les prix de l’ACBD ont pour ambition de soutenir et mettre en valeur, dans un esprit de découverte, un livre de bande dessinée, publié en langue française, à forte exigence narrative et graphique, marquant par sa puissance, son originalité, la nouveauté de son propos ou des moyens que l’auteur y déploie. 

L’ACBD compte 96 journalistes et critiques actifs qui parlent régulièrement de bande dessinée dans la presse régionale et nationale écrite, audiovisuelle et numérique, dans l’espace francophone de l’Europe et du Québec. 

Balado | Émission du 7 janvier 2021 – 2021 en 20 albums

Pour la première édition 2022 de La vie en BD, notre animateur Raymond Poirier propose un survol de l’année BD 2021 en 20 albums coups de coeur, tirés des publications québécoises et internationales.

Coups de coeur québécois (en format «Top 11») :

  1. Le Petit astronaute, de Jean-Paul Eid (La Pastèque)
  2. Mégantic, un train dans la nuit, de Christian Quesnel et Anne-Marie Saint-Cerny (Écosociété)
  3. C’est le Québec qui est né dans mon pays, d’Emanuelle Dufour (Écosociété)
  4. Football-Fantaisie, de Zviane (Pow Pow)
  5. Vers la tempête, de Jean-Sébastien Bérubé (Futuropolis)
  6. Bagne bagne bagne, d’Étienne Prud’homme (Mécanique générale)
  7. René Lévesque, quelque chose comme un grand homme, collectif (Moelle graphik)
  8. Tu ne tueras point, de Jean-Louis Tripp et Cyril Doisneau, d’après Christophe Hondelatte (Le Lombard)
  9. Créatures T1 et T2, de Djief et Stéphane Betbeder (Dargaud)
  10. Chroniques de jeunesse, de Guy Delisle (Pow Pow)
  11. Poisson à pattes, de Blonk (Pow Pow)

En complément, voici également les coups de coeur internationaux mentionnés lors de l’émission (en ordre alphabétique) :

  • Jours de sable, d’Aimée de Jongh (Dargaud)
  • René.e aux bois dormants, d’Elene Usdin (Sarbacane)
  • Le Choeur des femmes, d’Aude Mermilliod, d’après Martin Winckler (Le Lombard)
  • J’ai tué le soleil, de Winshluss (Gallimard)
  • Queenie, d’Elisabeth Colomba et Aurélie Lévy (Anne Carrère)
  • L’Âge d’or T2, de Roxane Moreil et Cyril Pedrosa (Dargaud)
  • Dans la tête de Sherlock Holmes, de Cyril Liéron et Benoît Dahan (Ankama)
  • Moon River, de Fabcaro (Six pieds sous terre)
  • Blacksad T6, de Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido (Dargaud)

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Quand la BD… parle de gastronomie

[Texte publié initialement dans l’édition de septembre-octobre du magazine des Cinémas Le Clap.]

En septembre, le Délicieux d’Éric Besnard va prendre l’affiche dans les cinémas Le Clap. Cette fiction historique nous ramène en 1789, à l’aube de la Révolution française, et nous fait suivre le parcours d’un chef qui, limogé par son maître, en viendra à ouvrir le premier restaurant. D’un médium à l’autre, l’univers de la gastronomie a inspiré nombre de créateurs et de créatrices. Et la sortie de Délicieux offre une belle excuse pour porter un regard sur quelques bande dessinée qui abordent ce sujet!

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai l’impression que dès qu’on parle « gastronomie et bande dessinée », on pense à Astérix et à ses grands banquets.

Il faut dire qu’en dehors de cette scène fétiche, l’immortelle série de René Gosciny et Albert Uderzo a laissé, au gré des albums, une belle part à l’alimentation : outre les incontournables sangliers, on peut ainsi penser à la fondue au fromage d’Astérix chez les Helvètes, les « légères » collations d’Astérix chez les Belges ou encore le tour de France gastronomique du Tour de Gaule d’Astérix.

Cela dit, si vous êtes d’abord et avant tout à la recherche de festins, parmi les sorties plus récentes, je m’en voudrais de ne pas vous diriger vers La Passion de Dodin-Bouffant, de Mathieu Burniat (Dargaud). Cet album, adaptation du classique littéraire de Marcel Rouff, nous entraîne à force d’arômes, de saveurs et de passion vers la bonne chère… et disons qu’il est difficile de ne pas saliver, à divers moments, au gré des planches! 

Saveurs et émotions

Un autre des incontournables en matière de BD culinaire, ces dernières années, est La Cantine de minuit du mangaka Yaro Abe (Le Lézard Noir). Cette populaire série, active depuis 2006, explore les racines émotives de la nourriture : ce qui fait l’attrait d’un plat, ce n’est pas que son goût, ses ingrédients ou la qualité de sa préparation, mais aussi – voire surtout! – les souvenirs et les sentiments qui lui sont rattachés.

L’action s’ancre dans une petite cantine située au fond du quartier Shinjuku, à Tokyo. Clients d’un soir et habitués, de tous métiers ou toutes classes sociales, y passent entre minuit et sept heures pour profiter d’un bon plat. Selon leurs envies, le chef prépare presque tout plat à la demande, pourvu qu’il ait les ingrédients nécessaires. Au fil des courtes histoires, les plats se succèdent, le temps de brosser le portrait du client, entre une vie et un moment, entre émotion et humour, entre complexité et caricature.

Dessinée avec simplicité et efficacité, La Cantine de minuit est une forée vers la cuisine japonaise et sa variété. À travers le contact effectué entre plats et mémoire à travers une galerie de personnages, c’est aussi un portrait du Japon moderne qui se construit devant les yeux du lecteur au fil des courts récits.

Et si l’envie vous vient de poursuivre cette plongée dans l’univers alimentaire du Japon, vous pouvez compléter avec Le Gourmet solitaire, de Jirô Taniguchi et Masayuki Kusumi (Casterman) où, ici aussi, les auteurs explorent les croisements entre cuisine et émotion, chaque histoire amenant son plat gouté et les souvenirs ou pensées qui lui sont associés.

Rencontres et apprentissages

Pour rester dans les incontournables, il est également difficile de passer outre Les Ignorants : récit d’une initiation croisée d’Étienne Davodeau (Futuropolis).

L’ouvrage nous invite à assister à une rencontre entre un auteur BD et un viticulteur. S’ensuit alors le récit d’une prise de contact entre individus, spécialistes et passionnés – entre vins et bande dessinée. On y découvre une année d’échanges et de découvertes croisées, faisant de l’ouvrage une véritable double « porte d’entrée », tant vers le 9e Art que vers l’univers vinicole.

Le genre d’album à partager, qui trouve facilement sa place dans toute bibliothèque!

Et sinon, dans le registre des rencontres, il y a aussi Christophe Blain qui, il y a quelques années, était allé à la rencontre d’un géant gastronomique français dans son pédagogique En cuisine avec Alain Passard (Gallimard) – une occasion de discuter saveurs, méthodes, recettes ou philosophie (culinaire!). Et si l’idée de rencontres entre auteur BD et restaurateur vous plait, vous pouvez aussi profiter des agréables chroniques de Guillaume Long dans sa série À boire et à manger (Gallimard) – où la chose culinaire est explorée sous une multitude d’angles et avec nombre d’intervenants, entre recettes, anecdotes, portraits, informations et dégustations. 

Et au Québec?

Je m’en voudrais de ne pas compléter cette (courte) liste avec quelques titres québécois, dont tout particulièrement Cyril Doisneau et ses Carnets de bouffe (La Pastèque), où l’auteur s’est immiscé dans quelques cuisines de Québec et Montréal question de nous présenter l’envers du décor, et ceux qui l’habitent. En résulte, façon chronique, une belle forée dans l’univers gastronomique d’ici.

Côté bière, Nick Micho fait un travail similaire, nous amenant à la rencontre de brasseur de la Gaspésie ou de la Capitale-Nationale dans ses deux tomes de Bière dessinée (Sawin) construits à la façon d’un guide touristique.

En matière d’humour, clin d’œil au décapant Bestiaire des fruits, de Zviane (La Pastèque) où l’autrice se donne à la dégustation de fruits exotiques trouvés au détour de l’épicerie du coin. En résulte une analyse (avec critères!) absolument délirante… autant qu’un désir de les faire, nous aussi, ces expérimentations.

Enfin, pour ceux qui veulent sortir des cuisines pour aller plutôt vers les champs : le Faire campagne de Rémy Bourdillon et Pierre-Yves Cezard (La Pastèque) et Le Nouveau monde paysan au Québec de Stéphane Lemardelé (La Boîte à bulle). Il s’agit là de deux riches albums documentaires, finement réalisés et documentés, qui vulgarisent les défis de l’agriculture de proximité, et qui se consomment agréablement de façon complémentaire.

Ne reste plus qu’à vous souhaiter bonne lecture (et bon appétit!).