«Sengo» de Sansuke Yamada, 14e Prix Asie de la Critique ACBD

L’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée (ACBD) décerne le Prix Asie de la Critique ACBD 2020 au manga Sengo de Sansuke Yamada publié aux éditions Casterman. Ce prix distingue une bande dessinée asiatique remarquable parue en français entre juillet 2019 et juin 2020.

Dans le Tokyo détruit de l’immédiat après-guerre, en 1945, Toku et Kodamatsu, deux soldats démobilisés, se retrouvent. Ils renouent avec une vie civile qui n’a, en fin de compte, de civile que le nom. C’est que le pays, vaincu, se découvre exsangue tandis que l’occupant américain s’impose partout. Mais cela n’empêche pas l’un, bon vivant, de jouir pleinement de ce qui s’offre encore à lui, et l’autre, désabusé, de tenter de redonner un sens à son existence. Ainsi, Sengo, au-delà de ces deux trajectoires individuelles, livre des tranches de vies brisées dont les acteurs essaient – et parviennent, souvent – tant bien que mal, à recoller les morceaux.

Sansuke Yamada réussit là un tour de force : d’un panorama de ruines il tire au fond l’essentiel, la dimension baroque. Personnages picaresques, tendre exhibition des imperfections, habile mélange du burlesque et du tragique ou surgissement soudain d’une violence toujours à l’arrière-plan d’une action en apparence légère et joviale : tout cela concourt à l’élaboration d’une fresque douce-amère d’une remarquable justesse, où le rire occupe toutefois toute sa place. Si la béance laissée par la guerre (et la défaite) hante littéralement chacun des personnages croisés, c’est bien du côté des (sur)vivants, et non des morts que se situe le point d’ancrage du récit. À l’école du désenchantement il s’agit de substituer le réapprentissage de l’engouement et cela passe par les combines montées, les cuites épongées ou encore les corps éprouvés.

L’édition de la série – finie au Japon en sept volumes – par Casterman offre en outre au lecteur une immersion idéale grâce à une traduction de grande qualité où le parler, haut en couleurs, des protagonistes anime constamment leurs aventures.

Les quatre autres titres en compétition pour le Prix Asie de la Critique ACBD 2020 étaient:

  • Blue Giant, de Shinichi Ishizuka (Glénat)
  • Mauvaise herbe, de Keigo Shinzo (Le Lézard noir)
  • Ma vie en prison, de Kim Hong-Mo (Kana)
  • La Vis, de Yoshiharu Tsuge (Cornélius)

L’ACBD tient à conseiller l’ensemble de ces cinq mangas qui témoignent de la qualité et de la diversité de la bande dessinée asiatique.

L’ACBD publie ses 10 indispensables de l’été 2020

Toute l’année, les journalistes de l’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée (ACBD), ont la chance de lire des milliers d’albums… et souhaitent faciliter l’orientation des lecteurs parmi la masse des nouveautés. Pour vous aider à choisir les BD que vous emporterez en vacances, voici par ordre alphabétique les 10 titres qui ont le plus retenu leur attention ces derniers mois :

  • Aldobrando par Gipi et Luigi Critone (Casterman)
  • La Bombe par Didier Alcante, Laurent-Frédéric Bollée et Denis Rodier (Glénat)
  • L’Homme qui tua Chris Kyle par Fabien Nury et Brüno (Dargaud)
  • La Nuit est mon royaume par Claire Fauvel (Rue de Sèvres)
  • Mind MGMT par Matt Kindt (Monsieur Toussaint Louverture)
  • Paul à la maison par Michel Rabagliati (La Pastèque)
  • Payer la terre par Joe Sacco (Futuropolis)
  • Peau d’homme par Hubert et Zanzim (Glénat)
  • Pucelle T.1 par Florence Dupré la Tour (Dargaud)
  • Un travail comme un autre par Alex W. Inker (Sarbacane)

À partir de la liste de toutes les nouveautés bande dessinée parues entre le 1er novembre 2019 et le 6 juin 2020 (environ 1900 titres), les 96 membres actifs de l’ACBD ont choisi, chacun, 10 albums qui leur ont semblé incontournables. Cette liste est le résultat de leur vote.

« Préférence système » d’Ugo Bienvenu, Grand Prix de la critique ACBD 2020

Au terme du troisième tour de scrutin, l’Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD) couronne Préférence système d’Ugo Bienvenu, publié chez Denoël Graphic, de son Grand Prix 2020.

Préférence système est le troisième album d’Ugo Bienvenu après les remarqués Sukkwan Island et Paiement accepté. L’auteur, né en 1987, y aborde une problématique d’actualité : le poids des données numériques et la place de  la machine dans notre quotidien. Son héros, forcé d’effacer des traces du passé, comme l’œuvre complète du poète anglais W.H. Auden ou 2001: l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, choisit de s’enfuir, en compagnie du robot
qui porte son bébé… Une fascinante réflexion sur un futur pas si lointain, à la fois effrayant et magnétique.

Cette bande dessinée succède à Moi ce que j’aime, c’est les monstres – livre premier d’Emil Ferris, Grand Prix de la critique ACBD 2019.

Elle a été sélectionnée parmi les cinq titres de la dernière sélection du prix, discutée par les membres de l’ACBD lors du Festival bdBOUM, en novembre à Blois. Les quatre autres finalistes étaient :

  • Dans un rayon de soleil, de Tillie Walden (Gallimard)
  • Les Deux Vies de Pénélope, de Judith Vanistendael (Le Lombard)
  • Le Rapport W, Infiltré à Auschwitz, de Gaëtan Nocq (Daniel Maghen)
  • Révolution, t.1 : Liberté, de Younn Locard et Florent Grouazel (Actes Sud-L’An 2)

Le Grand Prix de la Critique ACBD a pour ambition de « soutenir et mettre en valeur, dans un esprit de découverte, un livre de bande dessinée, publié en langue française, à forte exigence narrative et graphique, marquant par sa puissance, son originalité, la nouveauté de son propos ou des moyens que l’auteur y déploie. »

L’ACBD compte 97 journalistes et critiques qui parlent régulièrement de bande dessinée dans la presse régionale et nationale écrite, audiovisuelle et numérique en France et dans d’autres pays francophones. Le Grand Prix de la Critique ACBD 2020 a été choisi parmi les 4362 nouveaux titres publiés dans l’espace francophone européen (France, Belgique, Suisse) entre le 1er novembre 2018 et le 31 octobre 2019.